Mouton d'Ouessant : La Bergerie d'Inès

"Puisque le vieux mouton d'Ouessant a subi une sélection par la couleur noire, c'est qu'il en possédait d'autres"

   Avr 22

Mouton d’Ouessant “originel” et couleurs de laine….

Je me demande bien par quel bout je vais vous livrer ma réflexion ?
Je devine déjà qu’elle sera parcourue de questions auxquelles je laisserai à chacun le loisir de répondre ou pas.
 ********
J’entends ici et là utiliser l’expression “sous sa forme originelle” s’agissant du mouton d’Ouessant, à commencer par le GEMO.
Y aurait il donc une forme originelle et une forme non originelle ?
Cette récente appellation ayant vu le jour en opposition aux couleurs autres que celles décrites par le standard exprimées dans quelques troupes.
J’observe déjà que ce mot forgé voit le jour en réaction à des couleurs de laine, et nullement à une origine .. Sauf à considérer qu’une/des couleur(s) légitime(nt) une origine.
********
J’ai listé un certain nombre d’hypothèses numérotées pour tenter de comprendre cette expression.
De quel mouton d’Ouessant originel parle t’on ?
Définition du Larousse : Originel “Qui remonte à l’origine de quelqu’un, de quelque chose”
********
(1) –  Du mouton d’Ouessant débarqué sur l’île d’Ouessant à l’occasion de la première vague de peuplements ovin voici plusieurs milliers d’années, sans omettre les introductions postérieures imaginables, sinon inévitables ?

Source Internet

Source Internet

(2) – Du mouton d’Ouessant globalement d’avant le 19ème siècle, probablement assez petit, mais petit comment ?( pas d’informations très précises )
Avec une majorité de noirs, avec des blancs (mais rien n’est certain là non plus) ?

Source Google

Source Google

(3) – Du mouton d’Ouessant de la fin du 19éme siècle au tout début du 20ème qui semble être dominé par le blanc  de façon insulaire ?
photo37

Collection Bergerie d’Inès

 (4) – Du mouton d’Ouessant de la lignée Mayennaise reconnue comme parmi les plus “originelles” par le GEMO puisqu’il est possible de remonter son histoire sur près de 100 ans ?

DSCF2196

Source Bergerie d’Inès 2012

 (5) – Du mouton d’Ouessant des années 1970, à l’origine des troupeaux des pionniers du GEMO ?

bélier abbé

Source Abbé

 (6) – Du mouton d’Ouessant de 2016 avec sa vie continentale dynamique post création du GEMO ??

Source Leplant

Source Bergerie d’Inès

 (7) – Du mouton d’Ouessant qui séjourne sur l’Île d’Ouessant actuellement (21ème siècle)?

Photo internet

Source Internet

********
 A ces 7 hypothèses peuvent venir s’ajouter d’autres lectures que je n’aurais faite.
A considérer, que chaque hypothèse figure un type de mouton précis alors que notre petit protégé n’a cessé d’évoluer depuis toujours et qu’il n’a pas fini.
C’est le principe même de la race de figer un moment précis.
A ce stade, où se situe le Mouton d’Ouessant décrit “sous une forme originelle” ?
Je n’ai pas la réponse
Peut être alors qu’en se demandant à quoi pouvaient ressembler les moutons de chacune des périodes, j’y verrai plus clair.
********
Comme une évidence il apparaît que plus nous allons parcourir le temps à rebours, allant vers une représentation de plus en plus floue.
(7)

Photo internet

Photo internet .

Facile ! Pour moins de 30€ l’aller, vous débarquez sur l’île, vous louez un vélo et vous observez

Gros moutons de type “boucher” avec une majorité de moutons de couleurs claires. Un peu de curiosité vous fera découvrir sur des cartes postales des ans 1960 à 1980 quelques variantes de couleurs possédant entre autre quelques sujets à larmiers, des moutons clairs, d’autres foncés et même des animaux pies (noir avec des tâches blanches, autres que sur le sommet du crâne).
********
(6)
Source Leplant

Source Bergerie d’Inès

Bon là, il s’agit de remonter sur une petite trentaine d’années, ce qui nous situe sur la période post-création du GEMO jusqu’à nos jours.
Je me suis déjà exprimé sur cette période qui vit se multiplier les moutons “bruns” et “Grey” (appelés shimmel dans d’autres pays) (voir le mouton-pont)
Ces deux couleurs se développèrent quasi-uniquement en Allemagne, Belgique, Hollande avant de glisser doucement dans le nord de la France.
Pour remarque le mot “brun” est utilisé au standard Français depuis 1981.
Je retiens essentiellement de ces moutons de type “étrangers” qu’ils sont morphologiquement non aboutis, mais qu’ils sont également le fruit d’un épisode de vie continentale de notre type ovin Ouessantin, tout comme leurs ancêtres qui traversèrent comme lui le siècle précédent.

Il ne faut pas perdre de vue que les moutons d’Ouessant ont évolué depuis la période de leur sauvegarde (1970/80) à nos jours.
Je vous invite à relire les résultats des premiers concours du GEMO et vous découvrirez que les hauteurs au garrot des premiers animaux présentés en concours supportent tout à fait la comparaison d’avec les plus grands moutons “bruns” ou “grey” étrangers non-aboutis.
La création, la structuration, les concours, l’organisation du GEMO ont eu un impact sur la diminution de taille des moutons d’Ouessant issus des troupeaux résiduels découverts dans les ans 1970/80.  D’autres impacts non chiffrables ont probablement impacté le moprhe du Ouessant, sinon sa génétique.
En conclusion : D’une part le GEMO a impacté le cheptel de Ouessant regroupé à sa création, d’autre part les couleurs  “brune” et “grey” sont des résultantes de la vie continentale du Ouessant.
********
(5)
bélier abbé
C’est  cette période bénite qui vit notre mouton s’éloigner du seuil critique de l’extinction (pour faire simple).
En effet, Mr Paul Abbé sut s’entourer de quelques passionnés et scientifiques afin d’assurer un meilleur avenir à ce type ovin disparaissant par manque d’intérêt productif essentiellement. Il sut exploiter au mieux les connaissances scientifiques et historiques de l’époque pour définir le Ouessant.
Cela passa par le standard qui dans le fond n’est jamais qu’une opinion ou représentation arrêtée à un moment précis donnant vie à une race nouvelle.
Il y a deux façons d’aborder un standard.
Soit en faire une lecture littérale est le considérer pour la vérité révélée, soit chercher à comprendre les raisons qui amènent à la rédaction qu’on lui connait, particulièrement lorsqu’il est question de “sauvegarde” et pas de “création de race”.
Je soulève bien plus qu’un parti pris dans certaines approches de ce standard particulièrement dans les domaines de l’expression des laines noire et blanche, dans la notion de pigmentation homogène et dans le refus de l’expression pie  (pour résumer). (le standard du mouton d’Ouessant).
J’aurai  pu ajouter dans la représentation du cornage également.
A la décharge des pionniers du GEMO, il est vrai que l’on parlait du “petit mouton noir“.
 ****
NOIR et BLANC – En 1976, le professeur JJ Lauvergne relevait 2 couleurs et 2 variantes de toisons dans les troupes de moutons d’Ouessant qu’il lui aura été donné d’observer (voir la parution). Observations à tempérer (voir lien) (janvier 2017)
– Pourtant en 1991, A. Benadjaoud, J.J. Lauvergne dans « Comparaison de 14 races ovines Françaises autochtones par indice d’archaïsme » (voir la parution) proposèrent une étude invitant à définir ” l’archaïsme” d’une race ovine en fonction d’un certain nombre de caractéristiques, au rang desquelles la couleur de laine.
L’étude des deux auteurs ne retiendra pour le mouton d’Ouessant que 2 couleurs ignorant une partie les 4 colorations observées par le professeur JJ Lauvergne 15 années plus tôt.
Comment, pourquoi le professeur JJ Lauvergne ne tenait plus compte de ses observations antérieures ??
Si les auteurs avaient lu le standard, ils y auraient trouvé le brun, le blanc et noir, ça fait trois.
Si les auteurs avaient jeté un œil dans la troupe d’un éleveur historique Morbihannais ils auraient  noté la présence d’une variante (faded) ressemblant fortement à une de celles décrites par JJ Lauvergne en 1976.
Précision indispensable : Le relevé du Professeur JJ Lauvergne se base sur une/des troupe(s) de moutons d’Ouessant ayant vécu de façon continentale pendant 70 ans ou plus.
Peut on en déduire que ces 4 colorations sont originaires de l’île ?
Peut on en déduire qu’elles étaient les seules représentées sur l’île ?
Peut on en déduire qu’ils n’en existait par d’autres dans d’autres groupes que n’aurait examinés le professeur Lauvergne ?
Une chose est certaine c’est qu’elle ne tient compte que des couleurs exprimées sans prendre en compte la récessivité d’autres éventuelles couleurs ou expressions.
– En 1981, le Professeur JJ Lauvergne adressait au CA du GEMO un courrier, ne pouvant pas lui même assister à la réunion. Ce courrier disait entre autre ; “...En ce qui concerne la couleur, il faudrait sans doute maintenant que les connaissances génétiques qui ont quelques peu progressé ces dernières années, puissent apporter quelques précisions phénotypiques ou génotypiques”…..”En attendant, pour votre réunion du 5 décembre (1981), on peut laisser le standard que vous proposez, en ajoutant simplement : des études sont en cours pour établir une liste des gènes déterminant les variations colorées admises au standard de la race”. (source compte rendu de CA et AG du 05 décembre 1981)
Cela fait 35 ans !!! Belle constance dans l’immobilisme.
– Dans “Profils génétiques visibles du mouton d’Ouessant” par P. Abbé et A. Benadjaoud (parution 1988) est indiqué en résumé : “Disparu de l’île du même nom, le mouton d’Ouessant est actuellement conservé sur le continent, principalement en Bretagne, sous l’égide du GEMO. Un échantillon de 92 animaux des deux sexes a été étudié en 1986. Il présentait les caractéristiques d’une fixation assez avancée, avec seulement deux phases colorées”.
Quid des 4 colorations décrites par JJ. Lauvergne 10 plus tôt ?
Quid du standard de 1981 qui liste le blanc, le brun, le noir ?
Quid des expressions récessives que les auteurs n’ignorent pas ?
Quid de cette ” fixation avancée “?    cette constatation sur un si petit nombre de sujets. Avec quels objectifs ? sinon de standardiser…
 ****
PIGMENTATION HOMOGÈNE – Parler également des concours, où il n’était pas rare d’entendre un juge s’exprimant en publique indiquer qu’un animal blanc avec une tâche noire, même minime, ne devait pas être utilisé en reproduction.
Bon!  “plus noir que noir“, je peux comprendre un éventuel héritage historique, mais  “plus blanc que blanc“, je reste dubitatif.  Dérive de concours…rien de plus.
Une autre fois, un juge s’exprimant à l’endroit d’Enak (Faded base noire)  l’indiquant de couleur “brune”. Cela frise l’incompétence !! Plutôt non, c’est de l’incompétence.
 ****
PAS DE COULEUR PIE  (locus S)- Le dit projet de standard qui fût proposé au professeur Lauvergne ( daté du 12/10/1981) , standard qu’il invite à valider, ne faisait aucune mention de la couleur “Pie” (source Mr Langlais JL) indiquée dans les causes de disqualification du standard définitif du CA au 05 décembre 1981 et confirmé par la version de 1991.
Pourquoi ? Comment, tout à coup, la couleur “pie” n’aurait droit de siéger ?
Pour réserver un tel sort à cette expression de couleur, nos pionniers l’auraient ils vu ?
Le travail de mémoire de Mme Catherine Rodde daté de 1976 en fait mention. (lire extrait page 52)  (Janvier 2017)
J’ai observé précisément un phénomène de rejet comparable dans les recommandations selon le professeur Bernard Denis à l’endroit du mouton des Landes de Bretagne. Dans son cas,  il est indiqué “pie éliminé”, alors que cette expression “pie” est plus que rependue (exprimée ou portée) chez le Landes de Bretagne.
Une fois encore, je vois là le souhait de limiter les couleurs plutôt que de privilégier la diversité.
 ****
COULEUR BRUNE – Le standard lui accorde un droit de citée parmi les couleurs admises. Pourtant il est raisonnable de poser plusieurs hypothèses expliquant l’expression de la couleur brune chez ce “petit mouton noir”.
– La première assez récente par sa découverte (source Belge) accorderait le début de l’apparition du brun à un éleveur (Mr Ducatillon – France), lui même le tenant de moutons acquis auprès d’un parc animalier. Ces animaux seraient à l’origine du grand nombre d’animaux bruns dans les pays au nord de la France.
– L’autre hypothèse accorderait l’apparition du brun à un/des croisement(s) orchestrés par des éleveurs étrangers d’avec une/des race(s) locale(s).
– Une troisième reconnaîtrait l’existence du brun parmi les moutons rassemblés à l’origine du GEMO par les pionniers. Il se dirait qu’un éleveur historique aurait obtenu une agnelle brune dans sa troupe, agnelle dont il s’est séparée.
– La suivante basée sur la plus grande confusion entre un phénotype tantôt nommé marron, brun, noisette, caramel, ect  et un génotype Brun (Bb sur le locus Brown).
– Pour finir, je relève qu’en 1986, Mr Malher et Mr Denis écrivaient dans “Deux variétés probables de l’ancienne race ovine Bretonne, en Brière et à belle île” :….l’existence d’une population originale, propre à la Bretagne, est régulièrement mentionnée dans les ouvrages anciens. Le point commun à tous ces auteurs est de signaler son caractère inculte, sa petite taille, sa toison noire, brune ou blanche…”.
 ****
Je n’ai pas toutes les réponses, pourtant je pencherais pour les lectures suivantes :
– Le brun du standard est apparu sous une appellation erronée, certains moutons noirs possédant une laine de couleur évolutive, noire à la base et brunissante dans sa longueur.
– Le brun du standard a pu apparaître également du fait de la lecture des ouvrages anciens tel que les citent Malher et Denis. L’ouvrage de Mr de Beaulieu (en page 57) en trouvant traces  à deux reprises, en 1914 et 1954.
– Que Mr Ducatillon ait eu des moutons bruns, …pourquoi pas.
– Qu’un des éleveurs pionniers du GEMO ait obtenu une agnelle brune, pourquoi pas, mais je pencherai plutôt pour l’agnelage d’une agnelle “Dark Tan” du type de Panna Cotta (la vie de Panna Cotta)
– Que des éleveurs étrangers aient reproduit des moutons d’Ouessant avec des moutons d’autres races, c’est très très probable. Cela pourrait expliquer les différences morphologiques majeures existant entre les cheptels étrangers et les troupeaux des quelques sélectionneurs Français (différences notables qui existent également entre certaines lignées de pionniers, l’orientation vers un morphe ou un autre tenant quelque fois à bien peu de chose).
Au regard, de la récessivité de la couleur brune (difficulté à exprimer sauf à travailler en homozygote), cela pourrait expliquer le nombre important de moutons bruns à l’étranger. (Je penche pour cette hypothèse).
– Que le brun ait pu exister jusqu’à la fin du 18éme siècle sur l’île, qu’il ait pu survivre de façon exprimée ou cachée au sein des troupes continentales……………personne ne le saura  jamais. Génétiquement, il n’est pas possible d’exclure cette hypothèse.
– Retenir également qu’ il est pas à interdit d’imaginer l’action combinée de deux ou plus de ces hypothèses
 ****
COULEUR GREY – C’est une situation très comparable à l’histoire du brun, excepté l’hypothèse de Mr Ducatillon, l’hypothèse du pionnier du GEMO et la non reconnaissance par le standard du GEMO.
 ****
Que dire sur les recommandations inscrites dans le premier standard,  …
Extraits du standard du 1981 (suite) :
Standard laine
            – Étendue – Toison garnissant le front, une partie des joues, revêtant tout le corps et descendant sur les membres jusqu’aux genoux et jusqu’aux jarrets. Pourquoi ?
            – Couleur – Noire, brune, blanche. La pigmentation devra être homogène dans toute la toison.  Pourquoi ?
            – Texture – Toison semi-fermée de bon tassé, à mèches de 8 à 10 cms (pousse en 12 mois). Finesse moyenne 1(25 micons, 55). Pourquoi ?
            – Qualité – Laine très douce au toucher, très souple, parfois légèrement lustrée. Pourquoi ?
            – Poids des toisons – Rendement LAF avec régime plein air 55-60% :
                                                 peut atteindre = * béliers : 1,2 à 1,5 kg
                                                                                * brebis 1 à 1,2 kg.
                                               Le poids de la toison peut atteindre environ 10% du poids de l’animal (10 mois de croissance de mèche)..Pourquoi ?
            – Améliorations à rechercher – Homogénéïté de la finesse, augmentation du “tassé” et de la longueur de mèches, maintien de la nuance d’une façon uniforme dans toute la toison en fonction des options. Pourquoi ?
           – Défauts éliminatoires – Toisons hétérogènes en finesse, manque d’étendue de tassé, de longueur de mèche, toisons creuses feutrées, couleur hétérogène, présence de tâches dans la toison.
Détailler ce qui fût décidé jadis n’est pas une critique en soi, juste un constat.
Nous sommes bien là dans de l’amélioration de race par consignes données aux éleveurs dans la gestion de leur sélection.
Tout est réuni pour standardiser de façon systématique ce type ovin ancien qui est probablement le seul encore à y avoir échappé.
Sans compter que le choix d’aucun critère n’est d’une façon ou d’une autre expliqué, justifié.
Une standardisation qui ne s’encombre pas de notion “d’originel” puisqu’elle induit des notions de rendement, d’amélioration, de poids moyen, d’élimination de couleurs, de lustré de laine, et j’en passe…… Il s’agit bien là d’un objectif à atteindre, pas d’une origine à rechercher, à respecter.
Quand on comprend bien l’influence de la sélection initiée par le GEMO depuis une quarantaine d’années, on devine qu’une quelconque variante de couleur exprimée aura eu les plus grandes difficultés à nous parvenir.
J’en veux pour exemple les dires d’un éleveur historique du GEMO m’indiquant le poids en kilo de saucisses qu’il aura confectionné de deux antenais bruns qu’un éleveur étranger souché en France lui avait confié.
Sa confidence fût éloquente, je le cite : “Au moins, c’est deux là ne se reproduiront pas !” (sous entendu, ces deux moutons bruns ne diffuseront pas leur couleur exprimée).
Alors que ce même éleveur Français allait juger les moutons Belges Bruns, blancs, noirs et autres :-), pour ceux qui suivent !!!
Par contre, le génie de la génétique ayant mis en place le système de dominance/récessivité, l’espoir de voir surgir une petite merveille rescapée n’est jamais à exclure.
Je pense, entre autre,  au “rusty midside” et au “swiss marking” apparues dans la troupe de Mr Vaillant voici quelques années (voir la parution  pages 6, 7, 8 et 9). Même si là, le sujet se prêterait volontiers à une  digression, qui pourrait s’articuler autour des Switch de l’ADN. (Septembre 2016)
Cette couleur Rusty Midside ressemblant également à l’une des 2 variantes décrites par JJ Lauvergne en 1976 (lien) (autre lien).
 En conclusion :  Un impact certain, planifié, orienté, systématique de la sélection des éleveurs du GEMO sur les couleurs tendant à la restriction sinon à l’élimination d’une possible variété. Impact  également sur les hauteurs au garrot et les morphes, sinon les cornages…..
Je crois pourtant comprendre que le GEMO reconnait pour “originels” les moutons de cette période, enfin du début de cette période avant l’arrivée du brun et du grey, et surtout en ne considérant pas les imanquables apports qu’il aura connus lors de sa vie continentale (de 1880 à 1970 à la louche).
 ********
(4)
DSCF2196
Il est question ici d’une lignée de moutons d’Ouessant unique.
Nous la nommerons la “lignée Mayennaise” car elle persiste actuellement plutôt dans quelques châteaux de Mayenne, bien qu’en remontant un peu le temps on découvre qu’elle puise ses racines continentales au château de Goulaine situé sur la commune de Haute-Goulaine en Loire-Atlantique.
Pour en apprendre d’avantage, je vous invite à découvrir l’histoire de cette lignée dans l’ouvrage de Mr De Beaulieu (voir l’ouvrage en page 79).
Pour résumer, il est possible de retracer la vie continentale des moutons d’Ouessant de cette lignée depuis la fin du 19ème siècle jusqu’à nos jours car cette dernière a évolué de façon assez “fermée” au hasard des relations liant quelques familles de châtelains du siècle dernier et contemporains.
Cette lignée s’est scindée en assez peu de troupeaux, dont les bergers prirent l’habitude d’échanger des béliers entres eux, ainsi les troupeaux sont assez consanguins et suggèrent une limitation d’introduction de sang extérieur.
Toutefois, Mr de Beaulieu dans la narration de l’histoire de cette lignée Mayennaise omet de relater l’introduction (utilisation en reproduction) d’un bélier de race Shetland, voici mes notes de l’époque à laquelle j’ai visité deux de ces troupeaux.
Ce troupeau  de la famille Du faou de Kerdaniel fût complété en 1952/1954 par un bélier de la race shetland qui œuvra dans le troupeau pendant 5/6 années. Le troupeau fût enrichi également avec du sang des élevages Le Duc, Bouboulon (échange de béliers)(Bouboulon tenant ses moutons d’Ouessant du Fou de Kerdaniel), Kerghennec (échange de bélier) et Soucanye de Landevosin (échange de bélier), au rythme d’un bélier rentrant chaque 8 ans environ”.
“Le troupeau de Soucanye de Landevoisin fût crée à partir de celui du Fou de Kerdaniel. Ce troupeau fût enrichi par un bélier shetland dans les mêmes dates que le troupeau du Fou de Kerdaniel (afin d’obtenir des agneaux avec des gigots plus conséquent). Ce troupeau fût enrichi également de sang Le Duc”
Cette anecdote est symptomatique de la vie continentale de notre mouton, alors même que cette lignée Mayennaise est considérée par beaucoup comme l’une des plus “pure” depuis la sortie de l’île.
Je m’autorise l’hypothèse suivante ; ….
Imaginons que l’utilisation de ce bélier Shetland ait diffusé de façon exprimée ou de façon cachée la couleur Grey, tout comme elle a diffusé les caractéristiques morphologiques et/ou génétiques de la race Shetland, qu’elle serait notre position par rapport à cette couleur Grey ?
Devrait on la considérer comme légitime chez le Ouessant parce qu’elle aurait persisté au même titre que les autres caractéristiques ?
Devrait on ne pas la légitimer car le Ouessant est blanc ou noir ?
Doit ton rejeté le Grey crée en Ouessant par des éleveurs étrangers parce que survenu voici un quart de siècle peut être, alors que le même type de croisement effectué en 1952/54 donnerait des moutons d’Ouessant “originels” ou “purs” ?
 
En conclusion : La vie continentale du mouton d’Ouessant qui s’écoula probablement sur une période de 70 à 100 ans ne doit elle pas être prise comme élément à part entière de la vie de ce type ovin ? et ceci à tout les niveaux.
Je crois pourtant que le GEMO reconnait cette lignée pour “originelle”.
 ********
 (3)
photo37
Le Ouessant de la fin du 19éme siècle au tout début du 20ème, qui semble être dominé par le blanc, est  un mouton toujours insulaire pour partie et déjà continental pour une autre partie.
Il est impossible de dire pourtant que ses groupes insulaires n’aient pas été croisés avec des moutons venant du continent ou d’ailleurs.
La littérature (voir ouvrage de Mr De Beaulieu) apporte quelques informations (voir carte postale du marché en 1913, ouvrage Mr De Beaulieu) ou (En ligne chez les Lutins)
Cette photo est elle représentative du cheptel global de l’île ? Je n’en sais rien. 
Le blanc (couleur dominante au locus agouti) étant présent toutes les autres couleurs pouvaient se trouver sur l’île, cachées derrière cet allèle blanc.  
Comment ce blanc à tout à coup pris le dessus après une tradition de sélection par le noir  ?
Y a t-il eu introduction de moutons blancs du continent ?
La sélection par le noir avait elle malgré tout épargné quelques moutons blancs ?
Donc doit on considérer ce mouton comme le Ouessant “originel” alors que d’autres races plus lourdes l’ont peut être impactée ?
A cette  même période vivaient déjà sur le continent quelques troupeaux issus de l’île, sur lesquels il n’est pas simple de découvrir des informations.
Les groupes les mieux documentés restant peut être ceux constitués par le jardin d’acclimatation de Paris et la ménagerie du jardin des plantesen ligne ) ou ( voir l’ouvrage en page 73 et 74)
Ces moutons étaient peu nombreux, d’un morphe comparable entre eux  (sur le cliché) et noirs, probablement sujet à la canitie.
Petite digression : Si vous étudiez un peu les projections de hauteurs au garrot des squelettes étudiés au Muséum d’Histoires Naturelles de Paris, vous constaterez que les résultats obtenus sont très nettement au dessus des limites du standard du GEMO.
Cette observation qui n’appelle pas ici de commentaires de ma part renforce l’idée que je développais en synthèse de l’hypothèse (5)
L’ouvrage de Mr De Beaulieu nous renseigne un peu plus sur cette période.
– en page 40 :   Dans le roman “la mer” publié en 1911, l’écrivain Bernhard Kellerman explique n’avoir vu que des moutons noirs alors qu’à cette époque les moutons blancs dominent déjà.  Mr de Beaulieu d’ajouter une nuance relative aux écrits du romancier allemand et moi d’apporter une réserve à propos de la nuance de l’auteur.
 En conclusion : Ces moutons noirs du continent, et moutons blancs insulaires d’une même période sont ils à considérer comme “originels” ?
Gardant bien à l’esprit que la magie de la récessivité nous donne à constater une couleur en cachant peut être nombre d’autres.
S’ils sont bien “originels” doit on revoir à la hausse la hauteur a garrot du standard ? 
********
(2)
Source Google

Source Google

Une fois encore la richesse de l’ouvrage de Me De Beaulieu nous est très utile. 
Ça et là, je relève quelques éléments ….
en page 14 :  description datée de 1636 “Il y a une prodigieuse quantité de moutons, lesquels se nourrissent dans les côteaux et sont merveilleusement bons à manger quoique très petits ; et, ce qui est plus étrange en eux, est que quantité ont jusqu’à six, sept, huit et neufs cornes, mais d’ordinaire quatre”.
en page 21 : première trace de la couleur noire d’un mouton en base de statut datée du 18ème siècle, avec la réserve de l’auteur portant sur la recoloration postérieure du dit mouton.
en page 28 : …….et il confirme leur petite taille au milieu du 19ème siècle….   La couleur “grise ou noire” est aussi une donnée très précieuse comme nous le verrons…
Du mouton d’Ouessant globalement d’avant le 19ème siècle, probablement assez petit (mais on n’en sait rien) avec une majorité de noirs et peut être des blancs (mais rien est certain) ?
 – en page 30 : Anecdote du séjour de la princesse Napoléone Elisa Baciocchi en septembre 1861 qui se vit remettre en présent un mouton blanc.
en page 32 : 1873 ….”beaucoup de petits moutons noirs” …
                             1892 ….”la taille très petite“…
                             1895 ….”des moutons minuscules, aux pattes grêles, à la laine foncée“…
en page 33 : Photo de la mairie d’Ouessant (1897)  montrant deux moutons de dos pour lesquels il est difficile de définir la couleur de laine
en page 34 : Photo de 1898 montrant des moutons blancs, noirs et deux sinon quatre de couleurs indéterminées (bélier couché blanc, faded, autre)
en page 35 : Même date. Photo montrant trois sujets. Deux clairs au premier rang, élancés, haut sur pattes, laines claire et un troisième en arrière plan plus sombre et plus petit.
Cette carte fût l’objet d’une étude approfondie d’un éleveur historique du mouton d’Ouessant, je vous invite à découvrir la finesse de son analyse.
 en page 36 : Cette scène connue montrant le couple Créac’h devant un petit moulin traditionnel (entre 1899 et 1901) accompagné de trois moutons sombres et d’un clair. Cette scène fût également immortalisée dans une situation sensiblement différente offrant une meilleure visibilité des moutons la composant. Une fois encore, je ne saurai trop vous conseiller de découvrir la lecture de Dominique Morzynski. 
en pages 37 et 38 : des photos illustrant des moutons noirs et blancs (1899, 1901, 1904)
Puisqu’il est possible que des blancs étaient présents, c’est donc que tous les allèles des loci Brown, Agouti, Faded, With spotted pouvaient subsister sur l’île.
La persistance d’un gène récessif non exprimé peut être incroyablement endurante.
Voyez plutôt cette naissance d’un agneau “pie” (locus S white Spotted) dans la population des moutons North Ronaldsay. Ces derniers ne pouvant vraiment pas être accusés de croisement avec d’autres races.
Il faut bien comprendre que lorsque les textes anciens d’origines diverses avec des auteurs divers écrivaient “moutons noirs”, ils font au mieux..
Par “noir”, il est peut être plus prudent de lire “sombre”. Par blanc, il est préférable de lire “clair”.
Je ne reconnais pas aux auteurs de ces textes anciens suffisamment de connaissances pour parler de bruns, de faded, de Grey, etc …. ..
Aujourd’hui encore parmi les plus fameux éleveurs, la confusion entre les couleurs persiste, ne me considérant pas moi même plus doué que mes collègues.
Dans ce domaine, j’aurai un tas d’anecdotes impliquant éleveurs ou juges en concours bien incapables de nommer la couleur qui leur était présentée.
 En conclusion : Les traces anciennes relatives aux couleurs des moutons d’Ouessant sont à considérer pour ce qu’elles sont.
Une observation plus minutieuse (études de Mr Morzynski) et une connaissance de la génétique des couleurs (comprendre la génétique des couleurs) laissent à penser que tout est possible en termes de couleurs. L’idée de sélection exclusive par le noir est battue en brèche par la présence généreuse, sinon quasi exclusive, aux dires de plusieurs éleveurs, du blanc.
********
 
 (1)
Source Internet

Source Internet

Parler de cette hypothèse est pour moi très difficile, mes connaissances étant limitées dans le domaine.
Que dire des premiers représentants ovins débarqués sur l’île d’Ouessant ? Sinon qu’au regard de la définition du Larousse, ils sont donc les modèles du GEMO.
A quoi ressemblaient ils ?
Quelles couleurs avaient ils ?
Ils étaient très probablement issus de la première vague de migration ovine initiée depuis le moyen orient.
C’est essentiellement la petite taille de la queue qui nous l’indique. La qualité médiocre de la laine nous le rappelle également, ainsi que sa répartition sur le corps de l’animal.
Par contre, la caractéristique couleur pourrait nous indiquer l’inverse.
En effet, il est reconnu (cf étude citée dans l’hypothèse (5) Voir l’étude) qu’une des caractéristiques d’archaïsme d’une race réside dans le nombre de couleurs qu’elle possède, entendu hors sélection humaine spécifique. 
Pour résumer, je dirai volontiers que le type ovin d’Ouessant serait bien le seul représentant parmi les races dites “Primitives” à ne posséder que l’expression de deux couleurs, à en croire le standard de la race.
Puisqu’il n’existe plus de traces des couleurs de ces populations ovines anciennes, cherchons les dans la queue de la comète. 
Partant du principe que le mouton d’Ouessant a subi la pression humaine, le mieux n’est il pas de chercher des indices dans des populations cousines de notre mouton ? Populations ayant le moins possible subi la pression humaine. 
Je pense au Mouton North Ronaldsay dont l’histoire est particulièrement atypique.
Je dénombre chez cette race l’expression de la variété des loci Brown, agouti, white spotted,….aucune certitude pour le faded
Je pense au mouton Shetland qui assurément à probablement subi davantage la pression humaine mais dont une caractéristique est sa diversité d’expressions de couleurs.
Pour simplifier, je pense que les pionniers du mouton Shetland ont commencé par sauver la diversité des couleurs existantes avant d’homogénéiser le morphe à l’opposé des pionniers du mouton d’Ouessant qui s’attachèrent à la restreindre.
Je dénombre dans cette race les mêmes expressions de variétés des loci présents chez le mouton North Ronaldsay complétées du locus Faded et de deux ou trois allèles complémentaires au locus agouti.
On pourrait également parler des couleurs de l’Icelandic, du Old Norvégian, du Faroe, du Skudden, du Boreray, du Aland sheep, du Spaelsau, etc, etc, etc…………
 
En conclusion : Considérer que le mouton d’Ouessant “originel” est celui décrit dans cette hypothèse serait un contresens au regard du standard et de la politique actuelle (avril 2016) du GEMO, mais qui pense encore que le GEMO détient la vérité ……..
————————————————————————————————————————-
 A la lumière de cette liste (non exhaustive) d’éléments, où situer le curseur du dit “mouton d’Ouessant originel” promu tel quel par le GEMO ?
Je verrai bien le GEMO placer le curseur au niveau des hypothèses (4) et (5), avec comme doux rêve l’hypothèse (2)
A considérer la (2), la (4) ou la (5) le standard du GEMO est alors un ensemble d’incohérences plus évidentes les unes que les autres.
 ********
Les notions “de pureté”, “de race”, “d’originel”, “d’authentique” sont utopiques et dangereuses.
Le principe de pedigree avec livres fermés ne doivent jamais voir le jour, au risque d’uniformiser et de perdre la variabilité génétique.
Il faut absolument arrêter de penser que les couleurs blanches ou noires sont un signe de “pureté”, c’est stupide
Le mouton d’Ouessant est un “fossile” du monde ovin, il n’est pas un animal de concours. C’est un contresens
 ********
En conclusion, comme je vous l’indiquais en préambule, je me suis contenté de poser des questions. Libre à chacun d’y répondre, ou pas. (avril 2016)

2 Comments

  1. patrice ellero dit :

    Bonjour merci pour votre article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *