Mouton d'Ouessant : La Bergerie d'Inès

"Puisque le vieux mouton d'Ouessant a subi une sélection par la couleur noire, c'est qu'il en possédait d'autres"

   Oct 22

Gareth ou “1 pouce et des poussières” ou encore “fin d’une légende”

Il n’est pas bien haut ce jeune bélier.

Du haut de ses 20 mois,  il culmine précisément à 38 cms.

Quelle petite merveille, me direz vous !!!!   Pas tant que ça, non. Je ne l’envie pas.

Agapanthe (3,5 mois)  et Garteh (20 mois) en arrière plan

Agapanthe (3,5 mois) et Gareth (20 mois) en arrière plan

Voila plus d’un an qu’il lutte jour après jour contre les séquelles d’une parasitose que j’ai identifié trop tardivement. A ce jour, il semble sauvé. Il ne sera jamais très fringuant mais j’ai bon espoir qu’il traverse l’hiver à venir sans trop de casse.

C’est là, que tout à coup, je me dis que 38 centimètres équivalent à 1,15 pied !!!!

Zut ! pas de chance, mon brave Gareth malgré ton ascendance de touts petits moutons, malgré cette fichue parasitose qui à stoppé ta croissance, tu ne rentres pas dans le cadre des observations de Daubenton qui,  à la fin du 18ème siècle, écrivit au sujet des types ovins  de son époque  ; “il y a des races de bêtes à laine  qui n’ont que trente trois centimètres ( soit un pied ) de hauteur …

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Louis Jean Marie Daubenton

D’aucun citeront cette phrase de Daubenton pour arguer de la petite taille des moutons de l’île au 18ème siècle. Et d’autres, au rang desquels je compte, pour les croire.

Je vois deux lectures à l’affirmation du célèbre naturaliste (1 ) et (2) ;

1) Considérer son écrit pour un fait et  ne chercher aucune autre source pour prouver la petite taille de certaines races de bêtes à laine du 18ème, imaginant celle de Ouessant.  Son témoignage est d’autant plus capital que Louis jean Marie Daubenton ne se contente pas de décrire cette bête à laine comme petite (notion qui nécessite toujours d’être comparée à la notion de “normale”, ou de “grande”) mais il quantifie cette petitesse (1 pied).

2) Considérer son écrit pour une source d’informations essentielles qui éveille en moi un certain nombre de questions logiques, et surtout pratiques. Je vous les livre.

– Louis Jean Marie Daubenton s’est il rendu sur l’île d’Ouessant ?

– A t’il toisé les bêtes à laine ? Au regard de sa qualité de naturaliste, je n’en serais pas étonné.

– Possédait il une toise ?   Il possédait une toise adaptée à la petitesse des sujets toisés ?   Peut être l’aura t’il fait fabriquer sur l’île (ou ailleurs) découvrant cette population de bêtes à laine ?

– Mesura t’il des animaux adultes, vieillissants, antenais, de l’année ?   Des béliers ou des brebis ?  Les deux sexes indiquaient la même hauteur ?

– Ses mesures portèrent elles sur un échantillonnage représentatif du cheptel insulaire ?

– Ce pied est une mesure moyenne ?  Tout les moutons mesuraient ils 1 pied de hauteur ?

N’est il pas préférable alors de remonter  la source même de cette information qui est colportée telle une sorte de légende dans le monde du Ouessant.   Un ami éleveur  l’a fait en 2008.   Lisez bien le feuillet 50, milieu de page. (lien article)

On dit qu’…“, trois petits mots qui changent toute la lecture de cette légende ovine……………  Sans compter qu’il n’associe nullement son commentaire à un quelconque territoire.    Merci Mr Daubenton pour votre rigueur, elle est le lot des véritables scientifiques.

Fin de la légende

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Un autre témoignage précieux et chiffré nous est offert.   Il s’agit d’un écrit paru en 1920 dans l’ OMNIUM agricole, qui indique cette fois ci une hauteur au garrot de 35 à 40 centimètres (Lien site GEMO) .   C’est une information qui devrait ravir mon brave Gareth 🙂 …..

Une fois encore, et malgré toute la gratitude que j’éprouve à l’endroit des auteurs de ces témoignages anciens, je me pose quelques questions. Questions qui s’additionnent à celles posées au sujet du témoignage de Louis Jean Marie Daubenton, je pense à celles ci ;

– 96 ans plus tard, dont 40 consacrés à une sélection à rebours sérieuse impulsée par le GEMO,  où sont ces moutons de 35 à 40 cms ??

– Un bon demi-siècle après, les hauteurs au garrot des béliers présentés aux premiers “concours national d’élevage du GEMO”(meilleurs représentants du type) dépassaient allègrement de plus de 10 cms le témoignage paru dans l’Omnium agricole.

– Pourquoi, à la création du standard (1981), le GEMO décide t’il d’une hauteur maxi de 49 cms pour les béliers  ?

– Comment considérer pour un fait établit une hauteur de 35 à 40 cms en 1920 alors que les spécimens représentants la race au jardin d’acclimatation 9 ans  plus tôt (1911) oscillaient entre 51 et 53 cms pour la brebis morte en 1911. Le bélier mort en 1930 se trouvant plus proche des 58 cms au garrot. (article)

Bon, je crois qu’il nous faut accorder à ces traces du passé le mérite de nous être parvenues. Il faut les considérer, les estimer  mais surtout les exploiter avec réserve. La sagesse nous invite plutôt à lire que ces moutons d’Ouessant anciens étaient plus petits que leurs cousins élevés sur le continent, à la même époque. Qu’en dis tu Gareth ?

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