Mouton d'Ouessant : La Bergerie d'Inès

"Puisque le vieux mouton d'Ouessant a subi une sélection par la couleur noire, c'est qu'il en possédait d'autres"

   Avr 21

L’animal « pont » …. ou l’histoire du mouton hollandais

Ce propos est le fruit d’une pensée personnelle n’ayant pour autre objectif que d’apporter un élément de réflexion parmi d’autres sur les moutons d’Ouessant qui, principalement depuis la Hollande et la Belgique, envahissent la France.

Il est ici question de moutons « dits d’Ouessant », qui en fait ont un morphe tellement différent des Ouessant d’origine pionnière du GEMO (Groupement des Eleveurs de Mouton d’Ouessant), qu’il n’est d’autres possibilités que de se poser quelques questions…..

Le mouton « pont »

Mais avant de débuter, une petite explication de vocabulaire s’impose.
Un ami éleveur a détourné un mot  de son sens premier. Il s’agit du mot PONT.
Le PONT permet d’aller d’un point à un autre en enjambant un obstacle.
Dans le cas qui nous intéresse, l’animal-pont est un animal permettant d’aller du morphe d’un animal vers celui d’un autre animal. C’est un animal ne ressemblant plus tout à fait à ses parents, sans ressembler encore à l’animal que souhaite obtenir l’éleveur.

En effet, imaginez que vous possédiez  un mouton pourvu d’une caractéristique morphologique appréciable ou rare que vous souhaitez fixer dans le morphotype global des animaux qui composeront votre troupeau. Comment faites vous  ?

Vous créez  plusieurs animaux-ponts. C’est à dire, obtenez par croisements successifs des animaux qui possèderont, de plus en plus, la caractéristique du premier animal sur le morphotype du second.
Bien souvent, il est rare que ce transfert de particularités se fasse seul. En effet, en plus de la caractéristique recherchée sur le premier animal, votre animal-pont  crée sera porteur de nombres de caractéristiques autres (peut être même non recherchées) de votre premier animal. Ainsi il vous faudra créer d’autres animaux-ponts  avec  pour objectif de fixer la caractéristique recherchée en effaçant les autres non-recherchées…

Les caractéristiques recherchées peuvent se trouver sur un animal de même race, mais aussi sur un animal d’une autre race. Croiser deux animaux d’une même race ne pose aucun cas de conscience tant cela semble naturel.
Croiser deux animaux de races différentes (issus de la même espèce) demande une approche différente, que je n’aborderai pas ici afin de ne point trop m’écarter du sujet traité…

C’est une technique couramment employée dans le cas de races en voie de disparition ou à faibles effectifs  (la vache Bordelaise et autres …). Croiser des animaux de races différentes demande alors de la patience, d’abondants essais ainsi que  de nombreux animaux-ponts  permettant d’une génération sur l’autre de s’approcher du standard de la race considérée.

Exemple : Vous remarquez que vos moutons n’ont pas le joli cornage décrit dans le standard. Vous observez que ce joli cornage existe dans une autre race. En l’occurrence ici (pour l’exemple) chez le mouflon sauvage de Corse. Il vous faut donc un mouflon et une quantité importante de moutons.

et ainsi de suite …………..

Pour obtenir un animal-pont de 3ème génération susceptible de posséder les gènes d’un cornage mouflon, il faudra pour l’éleveur utiliser 7 moutons différents en première génération, 3 en seconde génération et 1 en troisième génération (à condition de travailler sans consanguinité).
Pour autant l’animal-pont de 3ème génération obtenu possèdera encore une hauteur au garrot très nettement supérieure à la hauteur maximum définie dans le standard du mouton d’Ouessant (0.46 pour les brebis et 0.49 pour les béliers).
Actuellement, la hauteur  au garrot les béliers s’engageant à la Nationale d’élevage annuelle  Française du mouton d’Ouessant  oscille plutôt entre 0.43 et 0.46, celles des brebis allant de 0.39 à 0.44.

Revenons à nos moutons ……………..  vous comprenez maintenant qu’avant d’obtenir un sujet considéré comme non-pont (un sujet abouti), il faut pour l’éleveur faire preuve d’une grande patience. A raison de deux années entre chaque génération et à considérer d’avoir beaucoup de chance, l’éleveur cherchant à obtenir des cornes de mouflon sur un joli mouton d’Ouessant doit encore patienter une bonne dizaine d’années, en plus de celles nécessaires pour obtenir son animal-pont de 3ème génération.
Mais à force de travail, il pourra raisonnablement espérer.

L’exemple que j’ai imagé ci-dessus peut s’appliquer à tout types de caractéristiques morphologiques (couleurs de laine, forme de la tête, regard, épaisseur des membres, ect.) ou comportementales. C’est la base du travail de sélection ….

Le mouton Hollandais

Voici une vingtaine d’années (difficile de savoir précisément) un ou plusieurs éleveur(s) de moutons ont fait le choix de fixer de nouvelles couleurs de laines chez le mouton d’Ouessant.
Je ne traiterai pas le sujet de la pertinence de cette décision ici..

Ils ont donc cherché des couleurs de toisons variées dans deux autres races de moutons cousines du mouton d’Ouessant, qui croisées avec nos petits béliers d’origine Française ont commencé de créer les premiers sujets -ponts.

C’est ainsi que les croisements inter-races ont probablement débuté avec l’apport des moutons de race Romanov pour la couleur shimmel ou bringée.
Bien trop prématurément le stud book hollandais a reconnu ces animaux-ponts comme moutons d’Ouessant.

Ce fût ensuite probablement le tour de la race Skudde par qui la couleur brune est arrivée, ou même bringée/shimmel.
Je n’ose imaginer qu’une quelconque histoire de profit financier, liée aux naissances gémellaires (plus de rendement)
fréquentes chez cette race,
ait favorisé ce croisement inter-race.
Pour rappel, le standard du mouton d’Ouessant désapprouve les naissances gémellaires.

Pourquoi n’auraient-ils pas eu également de croisements avec des races de moutons laitiers dont la laine est bien blanche, d’où l’apparition des pendeloques ? (ce sont des excroissances de chair situées au deux tiers de hauteur du cou).
Le standard du GEMO annonce comme cause de non-conformité la présence de pendeloques.

Maintenant que la machine est en route, je suggère de créer des moutons-ponts croisés cobaye baldwin. Les moutons d’Ouessant sans poil intéresseront peut être des bergers Saharien =)

C’est ainsi que nombre d’autres robes sont apparues sous l’appellation usurpée de « mouton d’Ouessant ».
Je vous invite à parcourir les sites de certains éleveurs hollandais ou belges pour vous faire une petite idée.
Je ne juge pas la démarche entreprise par ces éleveurs, elle existe et il faut composer avec…
Je regrette juste que ces éleveurs pionniers et leurs successeurs n’aient pas achevé le travail commencé.
Au regard des difficultés administratives au sein de l’Europe pour faire traverser une frontière à un mouton,……au regard des contraintes sanitaires,……au regard de l’éloignement géographique,……au regard de l’expansion rapide du mouton hollandais sur son territoire,……au regard de l’engouement des éleveurs de ce dernier pour les expositions et concours, et pour d’autres raisons encore,………..les premiers animaux-ponts destinés à enrichir l’éventail des couleurs du mouton d’Ouessant historique se sont arrêtés au milieu du gué.
Les animaux-ponts de 4ème ou 5ème générations sont devenus le type du mouton d’Ouessant en hollande en particulier. Ils représentent à ce jour l’essentiel des cheptels de nos amis éleveurs hollandais.

Les concours de moutons (facteur influant sur la sélection) s’organisent autour de la couleur de la laine. Les moutons blancs se disputent les meilleures places face à d’autres moutons blancs, les noirs face aux noirs, etc ….
Ce principe de fonctionnement est aussi spectaculaire que contreproductif. En effet, faire un distinguo au sein d’une même race au regard d’une particularité arbitraire favorise, avec le temps, l’apparition de différences notoires entre les groupes d’animaux de couleurs différentes.
C’est ainsi que dans le cas d’animaux-ponts, plutôt que de continuer de diluer les imperfections dans un cheptel plus dense d’animaux d’origine, le croisement d’animaux d’une robe venue d’une autre race, ne fait qu’accentuer les caractéristiques de cette autre race ou détriment de celle dont ils portent le nom….
C’est particulièrement vrai au regard de la couleur brune dont la localisation génétique n’incite pas aux croisements avec des animaux blancs ou noirs. Pour résumer, accoupler des sujets bruns entre eux ne favorise pas l’élimination des caractéristiques morphologiques héritées de la race dont ils tiennent cette robe brune.
Le mouton hollandais ne répond plus au standard crée par le GEMO (groupement d’éleveurs de mouton d’Ouessant). Il suffit d’ailleurs de parcourir le standard de nos amis Belges pour voir qu’il diffère sensiblement du standard Français.
C’est aux moutons de s’adapter au standard et pas l’inverse.
Les moutons hollandais sont souvent grands, trop élancés, manquent de robustesse, avec des cornes divergentes ou bicolores, des regards caractéristiques, des robes non reconnues, etc.
Faute d’un travail de continuité sur les premières générations d’animaux-ponts, les moutons « d’Ouessant » de souche Hollandaise sont devenus une autre race, cousine de nos moutons d’Ouessant certes, mais différente…………..
Ce type d’éloignement du standard, érigé en garant d’une race, n’est pas une exception. Il suffit d’observer un cocker spaniel et un cocker américain, ou un Akita Inu d’un Akita Inu américain ….

Voici des photos de Moutons des Landes de Bretagne comparées à celles de moutons dit « d’Ouessant » de souche Hollandaise.
Laquelle des deux races ressemble le plus à notre joli mouton d’Ouessant ?? C’est dérangeant, non ?

Seule une reprise en main efficace du travail de sélection des animaux de souche Hollandaise permettra à ces derniers de ressembler à nouveau à nos jolis petits moutons d’Ouessant. C’est le travail de passionnés Français qui depuis plus de dix ans font un travail assidu de sélection pour redonner à certaines lignées de moutons Hollandais le droit de citer dans le standard créé par le GEMO.

Le mouton d’Ouessant

Mon propos n’a pas pour but de stigmatiser le travail de sélection de nos amis éleveurs Hollandais, particulièrement ceux d’entre eux qui ont hérité des fruits du travail inachevé de leurs prédécesseurs (dont ils tiennent leurs premiers animaux), mais simplement d’attirer votre attention sur la réflexion qui doit mener votre acte d’acquisition.
Certes, les éleveurs Hollandais ou Belges vous proposeront un mouton dit « d’Ouessant » avec un pedigree.
Sachez juste que c’est un pedigree Hollandais ou Belge régi par le FOS ou le BOV, mais qui n’est en aucune mesure adoubé par le GEMO.

http://www.ouessant.nl/Groupement Hollandais
http://www.bovnet.be/ Groupement Belge
http://www.ouessant.de/IGOU/IGOU.html Groupement allemand
http://www.moutons-ouessant.com/contact.php Groupement Français

Soyez également critique à l’endroit de généalogies dans lesquelles apparaitraient des ascendances Hollandaises ou Belges.
Nos amis éleveurs étrangers sont maitres chez eux …………. libres également de ne plus usurper le nom d’une race qui diffère autant de la race d’origine.

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